LE CANCER DU SEIN

Ce qu'il faut savoir.

F. Delanoue


1°) QU'EST-CE QU'UN CANCER

La cellule cancéreuse est une cellule anormale qui se reproduit indéfiniment pour son propre compte, en échappant aux lois d'équilibre des tissus.

Assez souvent, cette prolifération commence par la transformation d'une seule cellule qui constitue, au bout de dix doublements, une population d'environ 1,000 cellules tumorales. Au bout du vingtième doublement cellulaire, il y a environ 1 million de cellules tumorales, ce qui correspond pourtant à une très petite quantité de tissu cancéreux, soit environ 1 mg.

Les cellules cancéreuses constituent une population agressive, détruisant l'organe sur lequel elles sont implantées et pouvant se transporter à d'autres organes (métastases).

À son tout premier stade, un cancer peut être trop petit pour être découvert par l'examen clinique, la radiographie ou l'endoscopie. Il n'existe ni douleur, ni symptôme particulier. Le cancer proliférant ensuite de façon incontrôlée produit finalement une tumeur ou petite bosse.

Sans traitement, le cancer continue à se propager : par invasion et infiltration des tissus avoisinants; par métastases (un groupe de cellules se détache de la tumeur initiale, passe dans les vaisseaux sanguins ou lymphatiques et s'implante dans d'autres parties du corps, quelquefois très loin de la tumeur initiale).

Plus un cancer est étendu, plus il est difficile de l'enlever ou de le détruire. Une fois métastasé, la guérison devient plus difficile à obtenir, ce qui justifie l'importance du diagnostic précoce.

2°) FRÉQUENCE DU CANCER DU SEIN

Le cancer du sein est de loin le cancer le plus fréquent chez la femme : un cancer sur quatre est un cancer du sein.

Une femme sur 9 risque d'être atteinte d'un cancer du sein à un moment de sa vie. Le risque d'être touché par ce cancer augmente avec l'âge.

Le cancer du sein est surtout fréquent dans les pays occidentaux.

3°) LES SYMPTÔMES

En raison de sa situation anatomique, le sein est facile à palper, surtout s'il est de volume moyen ou petit. Une anomalie est rapidement détectée si la femme a pris l'habitude de s'examiner les seins régulièrement. Dans la plupart des cas, le cancer se manifeste cliniquement par une petite boule que l'on peut découvrir à partir de 1 cm de diamètre environ. D'autres signes doivent également attirer l'attention et nécessitent un examen médical, une déformation vers l'intérieur, une rougeur ou un écoulement du mamelon.

Cependant, tous ces signes ne se rencontrent pas seulement dans les cancers mais de nombreuses masses sont des tumeurs tout à fait bénignes comme des kystes liquides ou des adénofibromes de consistance solide...

Dès que vous découvrez une petite boule ou toute autre anomalie, vous devez consulter immédiatement votre médecin qui jugera si des examens complémentaires sont nécessaires.

4°) LES FACTEURS DE RISQUE

Quelle est la cause du cancer du sein ?

Il n'existerait pas de facteur unique responsable de l'apparition d'un cancer du sein. En réalité, plusieurs facteurs de risque ont été mis en évidence. Cette notion de risque est relative. Elle signifie seulement que la probabilité de développer ce type de cancer est un peu plus élevée que la moyenne. Parmi les groupes de femmes qui comportent un risque plus élevé de développer un cancer du sein, on trouve:

Quel est le rôle joué par l'hérédité?

La notion de cancer du sein se rencontrant chez plusieurs femmes d'une même famille est tout à fait réelle. Le risque est d'autant plus important lorsqu'un cancer est apparu chez une femme jeune ou qu'il a atteint les deux seins chez une même personne. Des facteurs héréditaires, portés par les chromosomes, ont été identifiés ces dernières années. Il faut savoir, cependant, qu'un certain nombre de formes familiales de cancer du sein pourraient être attribuées à des facteurs liés exclusivement à l'environnement, tel qu'une alimentation riche en graisses animales ou la consommation d'alcool, et ce en dehors de tout support génétique.

LA PILULE CONTRACEPTIVE ET LES HORMONES DE SUBSTITUTION PRISES À LA MÉNOPAUSE PROVOQUE-T-ELLE LE CANCER DU SEIN ?

Le risque de cancer du sein lié à la prise de contraceptifs oraux n'a pas été prouvé par les nombreuses études effectuées sur ce sujet. Un doute subsiste pour les femmes qui ont commencé très tôt une contraception de ce type et qui l'ont maintenue de nombreuses années sans interruption. En ce qui concerne la ménopause, le traitement hormonal substitutif basé sur une association d'oestrogènes et de progestatifs augmenterait légèrement le risque de cancer du sein, selon certaines études. Cependant, le dépistage par mammographie permet de diminuer la mortalité dans cette population.

Par ailleurs, l'utilisation d'un traitement substitutif à la ménopause offre une protection non négligeable vis-à-vis de certaines affections cardio-vasculaires et des troubles divers liés à cette période de la vie.

Dans l'attente des conclusions définitives d'études actuellement en cours, les contraceptifs oraux et les traitements hormonaux de substitution ne sont pas prescrits chez les femmes ayant présenté un cancer du sein en raison du risque potentiel de récidive.

L'ALIMENTATION ET LE CANCER DU SEIN

La consommation de graisses animales et l'obésité augmenteraient le risque de cancer du sein. Cette relation a surtout été vérifiée chez les femmes ménopausées.

Le bêta-carotène, une pro-vitamine A que l'on trouve en abondance dans les légumes et dans les fruits, aurait un effet protecteur contre le cancer du sein.

Récemment, on a suggéré que la consommation de produits alimentaires à base de soja pourrait contribuer à diminuer le risque de cancer du sein. Les graines de soja contiennent, en effet, de la "génistéine-insoflavone", une substance naturelle qui aurait un effet protecteur.

La consommation d'alcool augmenterait le risque de cancer du sein chez la femme. Ce risque est d'autant plus élevé que la quantité d'alcool consommé est importante.

Selon plusieurs études, le risque de cancer du sein diminuerait lorsque le niveau d'activité physique augmente.

5°) LE DÉPISTAGE

Toute femme devrait prendre le temps de consulter son médecin une fois par an pour un examen général avec examen des seins. L'apprentissage d'un auto-examen régulier des seins tous les mois après les règles lui permet d'assurer qu'elle n'a pas observé de modification anormale. Par ailleurs une mammographie de dépistage systématique répétée en fonction de l'âge et des facteurs de risque apporte une sécurité supplémentaire. La mammographie permet de détecter une anomalie plus petite avant même de pouvoir la palper.

a) L'AUTO-EXAMEN DES SEINS

Pour déceler à temps une anomalie, il est important de répéter l'auto-examen chaque mois avant la ménopause : une semaine après le début des règles (les seins sont alors décongestionnés) ou le jour de la reprise de la pilule. Après la ménopause : un jour fixe de chaque mois, comme le quantième de sa date de naissance.

b) COMMENT SE PRATIQUE L'AUTO-EXAMEN DES SEINS ?

L'auto-examen des seins peut se faire en position couchée ou debout. Certaines femmes pratiquent la palpation sous la douche, d'autres l'effectuent étendues sur leur lit.

c) LA MAMMOGRAPHIE

La mammographie est en réalité une radiographie qui permet de visualiser la glande mammaire et d'éventuelles lésions dont elle serait le siège. Elle est actuellement le meilleur moyen de dépister un cancer. La mammographie permet de détecter, chez une femme qui n'a aucun symptôme, une tumeur maligne très petite qui ne peut pas être découverte par la palpation. Cet examen constitue également un moyen de diagnostic important lorsque la femme ou le médecin détecte une anomalie à la palpation.

La mammographie ne nécessite aucune préparation particulière. Le sein est comprimé entre deux plaques. Le radiologue ou le technicien prend généralement deux clichés, sous différents angles, afin de visualiser correctement le sein. L'examen dure une dizaine de minutes. La période idéale pour effectuer une mammographie se situe entre le quatrième et le quatorzième jour du cycle menstruel. Durant cette période, les seins sont souples, moins congestionnés et peuvent donc être mieux examinés.

La mammographie sera pratiquée soit parce qu'il existe un signe d'appel (nodule découvert par soi même ou par le mèdecin lors de la palpation du sein, ou écoulement), soit à titre systématique dans le cadre du dépistage.

Quand pratiquer une mammographie de dépistage

1°) Si pas d'antécédent familial de cancer du sein:
  •  
  • Mammographie tous le 2 ans à partir de 40 - 45 ans

2°) Si antécédent familial de cancer du sein.

(Mère, soeur, gd parent, tante).
  • 1 cas de cancer dans la famille aprés 50 ans.
    - Mammographie tous les 2 ans à partir de 40 ans.
  • 2 cas de cancer dans la famille ou 1 cas avant 50 ans.
    - Mammographie dès 5 ans avant l'âge du 1er cancer, tous les ans puis tous les 18 mois.

6°) LE TRAITEMENT

Pour guérir le cancer du sein, on fait appel à la chirurgie, à la radiothérapie, à la chimiothérapie, à l'hormonothérapie ou encore à une association d'une ou de plusieurs de ces modalités thérapeutiques.

Moins fréquente qu'auparavant, l'ablation du sein ou mastectomie est devenue beaucoup moins mutilante car elle conserve les muscles pectoraux. Dans tous les cas, un prélèvement des ganglions axillaires est réalisé. L'étendue de cette chirurgie axillaire a également diminué, ce qui a considérablement réduit les complications et évite tout risque de gonflement du bras. La patiente peut ainsi mener une vie normale et il n'y a pas de contre-indication à la reprise d'une activité sportive. La nécessité de la mastectomie n'est pas en relation avec la gravité de la maladie mais le plus souvent avec la situation du cancer ou son étendue.

De plus en plus, et tout particulièrement lorsqu'on découvre de petits cancers, soit après détection clinique, soit après dépistage mammographique, on peut conserver le sein en enlevant la tumeur largement et compléter par une radiothérapie. Dans ce cas, le prélèvement des ganglions axillaires est aussi pratiqué.

Un traitement médical complémentaire est souvent associé. L'hormonothérapie administrée sous forme de comprimés est indiquée dans les cancers hormonodépendants. Ce traitement est très bien supporté n'ayant pratiquement pas d'effets secondaires. La chimiothérapie peut être nécessaire : on l'administre en injections une ou deux fois par mois pendant une moyenne de six mois; ses inconvénients connus en fonction des produits utilisés peuvent le plus souvent être prévenus.

Il faut encore savoir que si l'ablation du sein a été nécessaire, il est souvent possible d'en envisager la reconstruction ultérieure par une intervention chirurgicale plastique.

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